Réhabilitation d’un pont à Ngodi-Si

Réhabilitation d’un pont à Ngodi-Si 960 540 Sylvie Brunner

Réhabilitation d’un pont à Ngodi-Si

Réhabilitation d’un pont à Ngodi-Si

En février 2026, le pont qui enjambe la rivière Dimahè a dû être remis à neuf. Né en 1989, ce pont est le deuxième parmi les cent autres qu’Afrique Future a construit dans la brousse camerounaise.

A l’époque, Ngodi-Si, le village natal du Père Emmanuel était jusque-là coupé en deux par la rivière Dimahè. Le pont a permis aux familles séparées de se rejoindre sans les dangers de traversées.

Dans cette région tropicale, durant la saison des pluies, les orages apparaissent brutalement et sont souvent très violents. Pendant plusieurs jours après leur passage, les habitants ne peuvent plus accéder à certains lopins de terre qu’ils cultivent en forêt. Les denrées pourrissent alors sur place. Sans pont, il leur est impossible d’utiliser des moyens de transport motorisés pour sortir de Ngodi, pour échanger avec d’autres villages ou se rendre en ville. Cette situation les contraint à porter sur leur dos et sur leur tête du lourdes charges composées des produits de leur récolte afin de les acheminer vers le marché hebdomadaire de Dibang, petite ville située à 4 km de Ngodi.

Hommes et femmes marchent ainsi durant des heures, traversant la forêt dense, empruntant de petits sentiers sinueux ainsi que de multiples passages périlleux tels que des troncs d’arbres, en guise de ponts, placés en travers des rivières. Dans la plupart des villages de brousse, la vente des légumes et des fruits cultivés est quasiment la seule source de revenu.

Photos de l’époque

Les enfants parcourent chaque jour des kilomètres à pied pour se rendre à l’école la plus proche et en revenir, 8 km aller-retour pour les petits et 18 km pour les adolescents. Pendant la saison humide, au cours de leur périple quotidien, ils sont obligés de traverser une à plusieurs rivières à la nage. A certains endroits, la traversée se fait sur un radeau de fortune attaché par des cordes de part et d’autre de la rivière. Le risque de noyade est élevé et nombreux sont ceux qui ont perdu la vie dans les eaux tumultueuses. En marche pour rejoindre leur champ ou pour aller vendre les produits de leur récolte, des familles entières disparaissent ainsi chaque année au Cameroun.

Le Père Emmanuel témoigne:

« Moi-même, enfant, à cet endroit alors que notre radeau chavira, je fus emporté par les flots avec ma maman. Nous avons pu de justesse nous accrocher aux branches d’un arbre couché en travers de la rivière. Cela s’est passé le matin tôt à 2 km de notre village et nous avons été récupérés seulement vers 15h, quand le niveau de l’eau avait baissé ».

Le passage de fortune sur la rivière puis la construction du 2e pont Afrique Future.

Après la construction du tout premier pont à Ngodi-Lom, réalisée en 15 jours, la population et les bénévoles français sont épuisés mais la joie est immense. Les villageois réalisent peu à peu que leur rêve centenaire est devenu réalité. La voie est ouverte vers Dibang ! Les habitants de Ngodi-Lom pourront rejoindre leurs familles lors d’évènements (fêtes, mariage, décès) ou encore se rendre au marché de Dibang pour y vendre leurs légumes. Tout le monde chante et danse sur le pont.

Sans perdre de temps, toute l’équipe se déplace vers Ngodi-Si et construit, en un temps record, un second pont qui permet de réunifier ce village jusque-là coupé en deux. En même temps, les voies d’accès à ces ponts sont aménagées sur 3 km ainsi qu’un ponceau. Installé à moindre coût dans un cours d’eau et formé d’une conduite fermée, le ponceau permet de franchir sans danger une petite rivière.

Ouvrier pour l’occasion, présent à tous les stades de la construction, le Père Emmanuel recevra plus tard de nombreuses lettres écrites par des habitants ou des personnes originaires de Ngodi. Dont celle datant du 09.04.1989 de Nicolas Ngvem, chef de Ngodi-Lom « …Monsieur L’Abbé, l’évènement historique que tu as fait pour le Cameroun en général mais ton village natal Ngodi en particulier, existe jusqu’à ce jour des joies inaltérables dans nos cœurs. Nous accueillons les visiteurs de la quasi-totalité du pays qui viennent inspecter voire toucher du doigt à l’offrande que tu nous as faite. Ngodi s’ouvre aujourd’hui à une nouvelle ère de son histoire, grâce à toi… »

Trente-sept ans plus tard, ces ponts sont encore debout ! Leur tablier a été changé plusieurs fois depuis et il est prévu de le reconstruire en béton armé.

Un des ponts ainsi que sa voie d’accès construits par Afrique Future.