ABIDJAN 2024: SALON INTERNATIONAL DE PNL ET DE COACHING 🗺

ABIDJAN 2024: SALON INTERNATIONAL DE PNL ET DE COACHING 🗺 1024 683 Sylvie Brunner

ABIDJAN 2024: SALON INTERNATIONAL

DE PNL ET DE COACHING

ABIDJAN 2024: SALON INTERNATIONAL

DE PNL ET DE COACHING

Le Centre de Formation et de Coopération Internationale, organisme canadien pour la promotion humaine intégrale par la PNL (Programmation Neuro-Linguistique) et le coaching professionnel, a organisé les 13 et 14 mars 2024, à Abidjan, capitale de la Côte-d’Ivoire, la 3e édition du Salon international de la Programmation Neuro-linguistique (PNL) et du Coaching professionnel. Durant ces deux journées, devant un public de professionnels (enseignants, médecins, religieux), sept intervenants, provenant du Canada, de la Côte-d’Ivoire, du Bénin, du Tchad et du Cameroun ont développé chacun une facette de cette discipline.

En outre, trois personnes exceptionnelles ont été invitées à ce salon afin de se prêter, en public, au jeu de la modélisation. Il s’agissait de Madame Akissi Loukou, actrice, réalisatrice et productrice, de Monsieur Ainé Ouedraogo, styliste (qui n’a malheureusement pu être présent) et de Monseigneur Emmanuel Mbock Mbock, fondateur de l’ONG internationale AFRIQUE FUTURE.

Vous pouvez voir l’interview complète de Mme Loukou et du Père Emmanuel par le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=IweJJSLyNf8

Qu’est-ce que la Programmation Neuro-linguistique (PNL) ?

La PNL ou programmation neurolinguistique est une discipline basée sur un ensemble de techniques visant à favoriser le développement personnel de l’individu. En grandissant, nous avons mis en place un système de croyances et de comportements qui conditionnent aujourd’hui nos réactions dans le quotidien. Le souvenir conscient ou inconscient de nos expériences agréables ou désagréables ainsi que de tout ce que nous avons vu, entendu, ressenti, appris, imité déterminent notre façon d’appréhender le monde, notre environnement et les autres (proches, connaissances, collègues, clients, etc.).

La PLN propose des outils simples à mettre en pratique afin de changer certains schémas de pensée et d’en acquérir d’autres qui nous soient plus bénéfiques. Et ceci de manière durable. La PNL permet d’améliorer la façon de communiquer et donc de vivre des relations plus joyeuses et paisibles. Elle développe la confiance en soi ainsi que nos capacités et nos qualités innées. En réveillant notre âme d’enfant, elle nous incite à avancer vers ce qui nous fait vibrer.

Il n’y a pas d’échecs, il n’y a que des expériences qui nous enseignent et nous permettent d’évoluer.

La PNL a été mise au point en 1972 par les américains John Grinder, professeur de linguistique et Richard Bandler, mathématicien et psychothérapeute. Les deux hommes ont décidé d’étudier les excellents résultats obtenus par certains professionnels de la psychothérapie et de la communication, parmi les premiers Virginia Satyr, psychothérapeute connue pour son approche de la thérapie familiale, Fritz Perls, le fondateur de la gestalt-thérapie et Milton Erickson, le père de la nouvelle hypnose.

Grinder et Brandler ont cherché à identifier ce que ces trois spécialistes avaient et faisaient de différents des autres.  L’objectif était de déterminer consiste les capacités spéciales de ces personnes, d’en faire un modèle simple et facile à être enseigner au plus grand nombre. En d’autres termes, ils ont observé et traduit en recettes reproductibles les caractéristiques exceptionnelles de ces spécialistes.

La PNL s’est développée, a traversé les frontières et a suscité la création d’écoles formant enseignants et thérapeutes. De nombreuses autres personnes inspirantes ont été modélisées (et le sont encore) dans des domaines aussi divers que l’invention, le sport, le management, le coaching, l’art et même la médecine.

La modelisation

La PNL étant en quelque sorte la science de l’excellence, son cœur est la modélisation d’experts inspirants.

La modélisation se déroule en trois étapes :

-tout d’abord, l’observation de ce qui fait la différence, comment cette personne agit et quels en sont les effets (sur les autres) et les résultats (dans ce domaine particulier).

-ensuite, poser des questions appropriées pour faire ressortir comment cet expert en est arrivé là, quelle est sa façon de penser, de réagir etc. Il s’agit de faire remonter à la conscience ce qu’un spécialiste fait de manière innée, spontanée, souvent sans se poser trop de questions. Il s’agit de découvrir ce qui fait que cette personne est exceptionnelle pour pouvoir ensuite en faire un modèle simple pouvant servir d’exemple à pratiquer par d’autres. Alors que pour elle-même, sa motivation, ses actions, ses pensées, tout cela est naturel.

-les talents de cette personne étant cernés, il s’agit ensuite d’en faire ressortir les points essentiels pour créer un modèle à étudier, enseigner et à imiter. Car la pratique est évidemment nécessaire pour espérer un changement de certaines habitudes nocives (pour nous et pour nos relations). Cette étape passe par des essais, des échecs, du découragement et des avancées. On évolue ainsi de manière insidieuse et progressive. Nous ressentons un mieux-être et notre entourage se rend compte de notre transformation.

Modélisation du Père Emmanuel

Afin de les modéliser, Mme Akissi Loukou et le Père Emmanuel ont été interrogé à tour de rôle. Je vous invite à écouter l’interview en entier, l’histoire de Mme Loukou est très intéressante, à la fois inspirante et émouvante. Cependant dans le cadre de ce site, nous nous limitons à la modélisation du Père Emmanuel dont vous pouvez lire plus bas la transcription.

Avant tout, voici ses impressions à son retour d’Abidjan:

Les conférences ont été riches d’enseignement. La PNL nous donne des outils pour bien vivre et pour bien vivre avec les autres.  C’est ce que j’ai retenu. Puis on nous a modélisé, c’est-à-dire que pour “eux”, nous sommes des modèles de réussite, des exemples à suivre.

Je n’en revenais. Nous étions en face d’un public composé d’intellectuels chevronnés dans plusieurs professions. Devant nous, nous voyions un alignement de docteurs tant religieuses que laïques. Incroyable ! Quand quelqu’un prenait la parole ça avait du sens.  Ils nous ont fait parler durant presque deux heures. Personne ne se lassait de nous écouter. Le débat était animé par un médecin. Mme Akissi Loukou était originale avec un parcours incroyable: une illettrée qui devenue célèbre dans son pays et dans le monde !

J’ai été ému car j’ai pris conscience que j’étais également une personne inspirante”.

Présentatrice : L’être humain a une aptitude naturelle à modéliser. Dès la naissance, nous commençons à copier les autres et nous acquérons une multitude de talents et de capacités toute notre vie. Quand un adulte veut apprendre quelque chose de nouveau, comme jouer d’un instrument, il regarde attentivement ce que l’autre fait et le reproduit. La modélisation en PNL est plus structurée et a des buts plus précis que la modélisation naturelle qui peut être due au hasard. Par conséquent, elle produit des résultats fiables et adaptés. Le but de la modélisation PNL est de faire aussi bien qu’un spécialiste et aussi d’enseigner à d’autres. Vous comprenez donc que nous allons faire la modélisation explicite. Bien avant cela, nous allons présenter nos illustres experts et modèles de ce jour. Nous allons nous tourner maintenant vers Monseigneur Emmanuel Mbock Mbock

Fils de la famille la plus pauvre de Ngodi-Si, village isolé au cœur de la brousse camerounaise. Le jeune Emmanuel fréquente l’école primaire. Devenu orphelin de père à son entrée au petit séminaire, un prêtre autrichien pourvoit au manque d’argent. Ce bienfaiteur meurt dans un accident de la route alors que le jeune Emmanuel entre en seconde. Une famille autrichienne prend le relais et le petit séminariste deviendra grand séminariste avant de rejoindre la faculté de philosophie de Strasbourg. Le Pape Jean-Paul II l’ordonne prêtre à Yaoundé en 1985. L’abbé Emmanuel rejoint l’Alsace, heureux de son parcours et de son état. Il porte cependant comme des stigmates la misère et les difficultés qui ont jalonné sa vie. Il décide de rentrer au Cameroun. Il veut aider son peuple, accompagner les villageois et favoriser la scolarisation des enfants pauvres, soigner les indigents.

Avec des amis allemands, canadiens, français, l’Abbé Emmanuel parvient à fonder l’organisation humanitaire AFRIQUE FUTURE, en février 1988. Il imaginait prioritairement la construction d’une école primaire à Ngodi-Si. Les habitants ont préféré le pont qui désenclave Ngodi-Lom, le village voisin. D’autres ponts, des pistes, des dispensaires, des hôpitaux, des écoles, des centres d’accueil, de nombreux emplois salariés constituent aujourd’hui le capital en générosité d’AFRIQUE FUTURE.

à Ngodi-Si

Depuis sa création en Alsace en février 1988, l’association AFRIQUE FUTURE a beaucoup bâti au Cameroun : des ponts, des écoles, des hôpitaux, des dispensaires, des pistes rurales. Elle compte actuellement quelques 450 salariés dans ses différentes structures sur place. AFRIQUE FUTURE, c’est 36 ans d’action de développement au Cameroun, 300 km de pistes, 100 ponts, 11 centres de soins, 6 hôpitaux, 10 puits, 4 écoles, 2 grands complexes scolaires qui accueillent plus de 1000 enfants et jeunes, majoritairement des pauvres. Et ça, ça s’applaudit !

Monseigneur, souhaiterez-vous ajouter quelque chose ?

Père Emmanuel : Non, tout est dit, merci.

Présentatrice : Parfait. Après avoir présenté nos modèles, nous allons commencer la modélisation explicite. Chers modèles et experts, voulez-vous nous parler de vos différents domaines d’activité en cinq minutes ? Je vais me tourner vers Monseigneur pour qu’il nous parle un peu des activités d’AFRIQUE FUTURE.

Père Emmanuel : Il y a donc 36 ans que j’ai fondé, quand j’étais étudiant à Strasbourg, AFRIQUE FUTURE. Mais pourquoi ? Parce qu’après mon ordination, j’avais une question, comment pouvais-je rendre grâce au Seigneur pour tout le bien qu’il m’a fait ? Parce que mon parcours a été vraiment difficile, je suis devenu prêtre par la grâce de Dieu. Né d’abord de famille très pauvre, je devais aller à l’école à 10 km, ça me faisait 20 km par jour à pied. Je mangeais à peine une fois par jour, peut-être le soir.

Ensuite, j’entre au séminaire, mon père décède deux jours après, on me renvoie du séminaire. Après un prêtre autrichien prend le relais, lui aussi meurt, une famille prend le relais et c’est comme ça que j’arrive au sacerdoce. C’est pour cela que je me disais mais comment, que vais-je faire pour rendre grâce au Seigneur ? C’est pour cela que j’ai décidé de créer AFRIQUE FUTURE avec des amis qui m’invitaient au restaurant tout le temps à Strasbourg les week-ends et le repas coûtait 20 000 francs CFA (31 euros aujourd’hui), c’était beaucoup ! Alors un jour, je leur ai dit non, je ne peux pas continuer à venir avec vous pour des repas de 20 000 francs, c’est beaucoup pour une famille chez nous, ça peut aider une famille pendant deux, trois semaines à se nourrir. J’ai dit non, je ne viens plus.

Si vous voulez que je continue à être en votre compagnie, associez-vous à moi pour créer AFRIQUE FUTURE. Voilà comment AFRIQUE FUTURE est née. Et je ne peux pas vous dire comment et pourquoi ça s’est tellement développé ? Parce que moi-même, quand je regarde en arrière, je n’en reviens pas. Je n’en reviens pas, ça a commencé d’une façon banale. Un village, Ngodi-Lom, complètement enclavé, où les enfants mourraient pendant la saison de pluie parce qu’ils devaient traverser la rivière en nageant pour aller à l’école. Le projet commence par là. J’avais en tête une petite école dans le village. Et après ce pont, plusieurs ont commencé à demander des ponts. Et il n’y avait pas d’hôpital dans la région et on a créé l’hôpital. Ensuite, d’autres sont venus encore demander des ponts.

Et aujourd’hui, nous sommes à plus d’une centaine de ponts et plus de 600 km de pistes. Et puis les cinq hôpitaux qui fonctionnent et les dispensaires.

Alors, ma journée, qu’est-ce que je fais à longueur de journée ? Il faut gérer tout cela, parce que ça fait beaucoup. Et puis, je suis le lien avec AFRIQUE FUTURE Canada, Allemagne et France. Ensuite, gérer ces cinq hôpitaux, ces six dispensaires de brousse. Heureusement qu’aujourd’hui, avec WhatsApp, on n’a plus besoin de se déplacer, donc on communique tout le temps. D’ailleurs, même quand je suis ici en Côte d’Ivoire, tous les jours, à la fin de la journée, chaque chef de service me fait le point de la journée. Et puis, dans ma semaine, je change de lit plusieurs fois, au moins trois fois. Pour partir d’un endroit à un autre, et pour aller voir un hôpital, un dispensaire, une école.

 

Et puis en plus de cela, je suis le vicaire général de mon diocèse, le second de l’évêque, donc l’alter ego de l’évêque. J’ai tous les pouvoirs, sauf le pouvoir sacramentaire. Je reçois les prêtres et les chrétiens qui ont des problèmes. Je gère les problèmes entre prêtres et chrétiens ainsi que les conflits matrimoniaux que le curé ne peut pas résoudre, il faut encore que je sois là. Je ne vois pas le temps passer. Ma journée devrait avoir 48 heures, mais même 48 heures ne suffiraient pas. Et puis les fins de semaine, où normalement on se repose, moi c’est en ce temps-là que je vais avec l’évêque, qui est nouveau, en paroisse, on part en visite pastorale pour connaître les paroisses, rencontrer les chrétiens, évangéliser de vendredi à dimanche et puis lundi, ça recommence.

Alors, c’est comme ça que ma vie est en fait une activité permanente. D’ailleurs, on me dit toujours, mais quand est-ce que tu vas te reposer ? Je leur dis, j’aurai tout le temps après ma mort !

Présentatrice : Merci, Monseigneur. Vous avez dit une chose très intéressante. Comment rendre grâce à Dieu pour le parcours ? Et ensuite, vous avez dit, vous ne savez pas comment tout cela a commencé. Je vais vous demander de nous dire où et dans quelles circonstances vous avez décidé de vraiment vous investir dans l’AFRIQUE FUTURE pour commencer toutes ces œuvres ?

Père Emmanuel : D’abord, c’était la réponse à la question : comment vais-je faire pour rendre grâce au Seigneur pour le bien qu’il m’a fait ? Et pour moi, le départ, c’était tout simplement construire une petite école dans mon village pour que les enfants n’aient plus à parcourir 10 kilomètres deux fois par jour comme moi. Et quand j’arrive, eux ne veulent pas d’école, ils trouvent que ce n’est pas important, c’est plutôt le village à côté qui me demande un pont. Je comprenais leur difficulté. Et la région n’avait pas de centre de soins, on me demande un hôpital. Donc je commence par construire cela. Et quand j’ai construit cela, les demandes ont commencé à fuser de toute part. Alors cela m’a motivé à aller toujours de l’avant.

Mais pour aller de l’avant, moi-même je ne sais pas par quel miracle. Parce que c’est comme cela que ça arrive : je passe quelque part, on me demande une école, je n’ai pas d’argent, mais quand je prends leurs projets à cœur, je trouve de l’argent. Chaque fois que je prends leurs désirs à cœur, je vais trouver de l’argent.

Je passais parfois dans un quartier de Yaoundé. Ils me disaient toujours, mais pourquoi vous faites toujours en brousse ? Vous ne voulez pas venir ici à Yaoundé. Mais je leur dis, je n’ai pas de terrain. Je passais à un endroit et je voyais toujours un certain terrain. Mais à qui appartient ce terrain ? On me répond, je ne sais pas. Quand je commence à fouiller, ils m’escroquent de l’argent, ce n’était pas leur terrain. C’était le terrain de l’archidiocèse de Yaoundé. Alors, après, je vais voir l’archevêque qui ne savait même pas qu’il avait encore un terrain à cet endroit. Et puis, il n’y avait aucun document. La commune avait donné ce terrain au diocèse. Il a fallu que je m’occupe des papiers d’abord au nom du diocèse pendant 4 ans Enfin, le diocèse a rétrocédé le terrain à AFRIQUE FUTURE. Le terrain ne faisait que 800 m2. Je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse y construire un hôpital.

On y a construit notre hôpital de référence, il y a 3 ans, avec une centaine de lits, sur sept niveaux, parce qu’il n’y a pas assez de terrain, sur seulement 800 m2. Et comment c’est arrivé ?

Quand vous avez une idée, quand vous avez une vision, il faut toujours que ce que vous voulez soit clair. Il faut que ce soit vraiment clair dans votre tête. Et vous allez trouver des financements. Mon financement a été miraculeux. Les Canadiens n’aiment pas entendre parler de construction. Ils disent qu’ils ont construit beaucoup d’éléphants blancs au Cameroun.

Ils font un appel d’offres, comme cela s’appelle. Il y avait 135 projets et dans les 135 projets, il n’y avait que le nôtre qui concernait une construction. 35 sont choisis. Nous sommes arrivés à avoir ce qu’il fallait pour construire cet hôpital qui a coûté 7 milliards CFA (soit 10, 7 millions d’euros). Moi, de ma vie, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je toucherais un milliard. Jamais de ma vie !

Présentatrice : Et qu’est-ce que vous avez ressenti ? Et qu’est-ce que vous vous êtes dit ?

Père Emmanuel : La première réaction était que Dieu est grand. C’est-à-dire, quand tu crois en Dieu, Dieu t’aide. J’avais l’habitude de dire à mes étudiants, quand j’étais professeur au Grand Séminaire, au Cameroun, quand on travaille pour Dieu, Dieu travaille pour vous. Et ça, c’est mon expérience de 38 ans de sacerdoce.

Présentatrice : Maintenant, Monseigneur. Vous êtes prêtre, vous n’êtes pas économe, gestionnaire et vous avez eu un marché de près de 7 milliards, dites-nous quelles sont les compétences et les stratégies que vous avez développées pour pouvoir gérer tout cela et pouvoir gérer également les ressources humaines que vous avez dû employer pour continuer votre œuvre.

Père Emmanuel : Un philosophe allemand écrit qu’il y a deux raisons, la raison pratique et la raison pure. Nos arrières grands-parents ne sont pas allés à l’école mais ils ont quand même vécu. Ils ont élevé des enfants et ils ont dirigé leur peuple. C’est l’intelligence pratique.

Moi, au séminaire, j’ai étudié la théologie et la philosophie. Je n’ai jamais appris la gestion. Mais avec l’intelligence pratique, tu peux arriver à faire des miracles. A force de travailler là-dedans, je suis devenu gestionnaire, administrateur, constructeur, parce qu’on se fait en faisant, ça a été ma première stratégie.

Et la deuxième chose, c’est faire confiance. J’ai fait confiance à mes compatriotes. Parce que l’Afrique souffre d’un mal profond. D’autres ne nous font plus confiance. Ça, ce n’est pas grave. Que d’autres peuples ne nous fassent plus confiance, ce n’est pas grave. Mais ce que je note, surtout dans mon pays, on ne se fait plus confiance les uns les autres. On a peur. Il va me faire un mauvais coup ! On n’a plus confiance entre nous.

Alors ce que j’essaie de faire chaque jour, c’est d’essayer de faire comprendre à mes collaborateurs et collaboratrices qu’ils sont capables, ils sont capables de le faire. D’ailleurs, c’est grâce à eux que tout fonctionne et que tout fonctionne bien. D’ailleurs, le premier principe que j’avais dit à mes amis occidentaux, c’est qu’il n’est pas question qu’ils viennent gérer les affaires d’AFRIQUE FUTURE au Cameroun. Il n’en est pas question. Leur seul rôle doit se limiter à nous aider à trouver l’argent. Moi, je veux leur garantir de la bonne utilisation de cet argent, honnêtement. Mais, en ce qui concerne la gestion, la prise en main, il faut que ce soit les Africains. Je ne voudrais pas de coopérants qui viennent ici. Non.

On m’a dit : « Vous allez échouer ». J’ai répondu : « Le meilleur maître, c’est l’échec ». Quand tu échoues, tu commences à te demander pourquoi tu as échoué.  C’est là où tu vas prendre conscience de ce que tu es et de comment avancer. Vraiment, c’est très important. Essayer de nous faire confiance entre nous. Développer la confiance. Et puis, on va trouver que ça marche.

Même moi, au départ, je ne pouvais pas croire qu’aujourd’hui, on a près de 450 employés permanents et près de 300 saisonniers parce que nous construisons beaucoup, des ponts, des églises…

Pour les églises, je suis aidé par les évêchés allemands qui m’ont fait confiance. Actuellement, j’ai douze constructions, des chantiers, dans mon diocèse. Il faut suivre cela, mais c’est ma passion, je ne me plains pas. Je veux donner la joie aux autres.

Donc, nous ne devons pas dire qu’on ne peut pas. Non.

Je ne savais pas que j’avais des compétences d’architecte ni de gestionnaire. Chaque fois que j’entre dans une maison, j’observe tout, puis je pense au futur presbytère, à la future salle de fête. Ainsi de suite, ça tourne dans ma tête. Donc, il faut toujours être dans la stratégie, être toujours en train de se dire, je peux. Comme a dit Barack Obama, « Yes, we can », nous pouvons !

Présentatrice : Merci Monseigneur. Vous avez dit « le meilleur maître, c’est l’échec ». Pouvez-vous nous parler d’un échec que vous avez vécu et comment vous avez surmonté cet échec-là ?

Père Emmanuel : Effectivement, ne vous désespérez jamais devant un échec. Parce que des échecs, j’en ai eu, beaucoup, dans mon parcours. Par exemple, un jour, le cardinal, qui était mon ancien professeur au grand séminaire m’envoie à Bafoussam, situé à peu près à 400 kilomètres de Yaoundé, pour construire un grand séminaire. Il me connaissait bien. Je savais que ce qui m’attendait serait très dur. Parce que l’argent qui avait été envoyé par Rome pour ce projet avait disparu. On ne le retrouvait plus. Alors le cardinal m’a dit : « Emmanuel, vas-y, vas-y ». Et quand je suis arrivé là-bas, je me suis fait rejeter par l’évêque du lieu et par presque tout son clergé parce que je venais pour redresser les choses. J’ai été presque banni parce qu’ils ne voulaient pas que je mette le nez dans cette affaire qui représentait à peu près 300 000 dollars.

J’ai accepté mon échec. J’avais échoué là. Je suis allé dire au cardinal, si vous pensez que je vais récupérer un seul sou de cet argent qui a été envoyé là-bas, vous vous trompez. Laissez-moi faire, je vais aller en Europe, en Allemagne, je vais aller chercher un autre argent. Il me dit : « vas-y », et c’est comme ça qu’on a pu trouver l’argent pour construire ce grand séminaire qui est presque un institut universitaire. Il s’agissait de 2 milliards CFA (soit plus de 3 millions d’euros actuels), de 2 milliards qu’on a pu trouver. De cet échec où je n’ai pas pu récupérer cet argent, on m’a donné les moyens pour construire un séminaire pour les évêques de la province.

Présentatrice : Merci Monseigneur. Comment ce que vous faites est en accord avec qui vous êtes ?

Père Emmanuel : Mais je n’y pense même pas, honnêtement. Je fais et je ne réfléchis même pas. Et les difficultés que je rencontre au quotidien, il y a en a beaucoup, je ne peux vous raconter tout cela. Mais je continue toujours à avoir comme une force intérieure qui me dit, va de l’avant. Non, moi je ne m’arrête pas aux difficultés, parce que si je m’arrête aux difficultés, c’est fini. Et j’ai toujours l’habitude de dire aux chrétiens, aux personnes que je rencontre, il ne faut jamais que les difficultés aient le dessus sur l’être humain. Si les problèmes ont le dessus sur l’être humain, c’est la fin de tout. Ne jamais se laisser abattre quel que soit le problème. Mais, lorsque vous avancez, quand vous êtes serein et limpide, je vous assure que Dieu vous accompagne.

Vous ne savez même pas comment vous arrivez à passer à travers toutes les difficultés parce que, n’oubliez pas, là où il y a le bien, il y a le mal. Là où il y a Dieu, il y a le démon. Et ça va presque ensemble. Mais moi je crois toujours qu’à la fin, c’est le bien ou Dieu qui a le dernier mot.

Présentatrice : Merci, Monseigneur. Maintenant, dites-nous, qu’est-ce que vous ressentez, Qu’est-ce que vous entendez et qu’est-ce que vous voyez lorsque vous finissez de réaliser un pont ou un hôpital, par exemple ?

Père Emmanuel : Je ressens la joie. Quand j’ai fini de réaliser un projet, un pont, un hôpital, une école, un puit dans un village, c’est la joie qui m’habite. Et c’est ma récompense, vraiment. Je suis content. Des paysans qui n’avaient pas d’eau à tel endroit et, aujourd’hui, ils peuvent avoir de l’eau dans leur village ; avant, il fallait qu’ils fassent cinq, trois kilomètres pour trouver de l’eau. Ma joie, c’est la joie, j’ai vraiment cette sensation de joie. Et puis, le nom de l’association c’est AFRIQUE FUTURE, mais son prénom, c’est Deo Gracias. Merci, mon Dieu. Parce que j’ai l’impression que je ne suis rien là-dedans. Ce qui m’a aidé à faire, c’est plus grand que moi.

Présentatrice : Ce qui vous a aidé à faire est plus grand que vous.

Père Emmanuel :  Moi, je souhaiterais que vous reteniez deux choses de moi aujourd’hui. Quand tu travailles pour Dieu, Dieu travaille pour toi. Quand tu te mets au service, chaque fois que, comme je vous ai dit, une communauté m’a demandé une aide, Dieu m’a toujours donné cette aide pour aider cette communauté. Alors que quand on travaille pour soi-même, uniquement, on en a toujours besoin et on en n’a jamais assez.

Deuxième chose, c’est que le développement dépend d’abord de la qualité des relation. Tout ce que j’ai pu faire, c’est grâce à la qualité des relations avec mes amis occidentaux, canadiens, français, allemands. On a travaillé comme des frères et des sœurs. Il n’y avait pas de peau noire ou de peau blanche.

Et pour que l’on réussisse aujourd’hui au Cameroun, c’est grâce à la qualité de la relation qui existe entre mes collaborateurs et collaboratrices et moi. Et comme j’ai toujours l’habitude de dire quand on m’invite dans un village pour construire un pont, je leur dis toujours construire un pont c’est facile, mais construire un pont entre le cœur des hommes, c’est difficile. À quoi bon, si je vais dans un village et je construis un pont alors que les gens s’entretuent, ils continuent à s’entretuer. Donc, pour qu’on arrive à un développement vraiment serein, il faut d’abord améliorer les qualités de la relation entre nous.

Présentatrice : Merci, à nos deux experts, à nos deux modèles qui ont bien voulu accepter de se prêter au jeu de la modélisation.(…)

Père Emmanuel :  Alors il y a quelque chose qui me dépasse dans ce que je fais qui n’a qu’un seul but, c’est de donner au monde plus d’amour. Lorsque nous arriverons à ce stade, le monde sera complètement transformé. Donc, chaque acte que j’essaie de poser, c’est tout simplement comment apporter à notre vie plus d’amour, plus de fraternité. C’est plus grand que que moi.

Présentatrice : Merci, Monseigneur. Une autre question ?

Question : Alors, j’ai deux questions, une pour Madame Delta et une pour Monseigneur. Merci à vous pour cet espoir que vous venez de nous partager en voyant des personnes concrètes qui réalisent des choses aujourd’hui. Alors, la première question à Monseigneur. Votre association se nomme AFRIQUE FUTURE. Pourquoi avoir choisi ce nom ? Et est-ce que vous avez réalisé cette AFRIQUE FUTURE ou c’est toujours en attente ?

Père Emmanuel :  merci Madame. Pourquoi le nom AFRIQUE FUTURE ? Est-ce qu’avec ce que j’ai fait, je trouve que j’ai réalisé l’Afrique du futur ? Un jour, je prenais l’avion à Vienne, en Autriche, et puis je vois un enfant à peu près de 7 ou 8 ans qui montait dans l’avion avec une raquette de tennis, un beau sac et tout. Je me suis dit, est-ce qu’un petit Africain de mon village ou d’un autre village aura-t-il un jour la même chance ? De monter dans un avion fièrement avec sa superbe raquette qui coûte très cher. J’avais mal au cœur, nous n’avons pas eu le même passé, mais aurons-nous un jour le même avenir ? C’est ça. Alors quand vous voyez notre histoire, nous partons de l’esclavage, la colonisation, la néocolonisation. Il y a de quoi désespérer !

Maintenant, avec le nom AFRIQUE FUTURE, je dis non, nous ne devons pas désespérer. Nous n’avons pas eu le même passé, mais pourquoi nous n’aurions pas tous le même avenir ? Ce que j’ai réalisé, ce n’est qu’une petite parcelle, une toute petite, une infime, de cette Afrique qu’on rêve. Mais il y a encore beaucoup à faire. D’ailleurs, je dis toujours, quand on me dit : « Monseigneur, vous avez beaucoup fait », je leur ai dit : « Non ! J’aimerais encore faire mille fois plus que cela ». J’ai l’impression, honnêtement, de n’avoir rien fait. Mon désir, c’est que l’Afrique puisse avancer et rattraper les pays européens, nord-américains, qu’on sorte de notre sous-développement pour atteindre aussi le niveau de ces pays.

Avant de commencer la construction d’un pont dans un village, j’organise toujours une messe. Et je n’oublie jamais de leur dire : « Construire un pont entre ces deux villages, construire un pont matériel, c’est facile. On a déjà l’argent, on a les matériaux. Mais construire un pont entre vos cœurs, les cœurs de l’autre village et les cœurs de celui-ci », je leur dis toujours, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Je leur dis, « les êtres humains sont-ils des animaux ? Les animaux vont traverser ce pont de façon indifférente, inconsciente. Mais vous, les êtres humains, en traversant ce pont, vous devez faire plus que les animaux.

Vous devez avoir une ambition, c’est de rejoindre le cœur de l’autre ». Et chaque fois que je viens pour visiter un chantier, parce qu’ils sont tous là pour aider comme manœuvre, pour recueillir le sable etc., je fais la même chose, je leur répète toujours la même chose. Ce n’est pas seulement le pont entre deux villages. Déjà construire un pont entre les gens d’un même village, c’est plus difficile que construire un pont de cœur avec quelqu’un d’autre dans un autre village.