Autonomisation des femmes rurales: année 1
Autonomisation des femmes rurales: année 1
UNE PREMIÈRE ANNÉE DE PROGRÈS VERS L’AUTONOMISATION DES GROUPEMENTS
DE FEMMES ET DE FILLES RURALES AU sein d’Afrique Future
article rédigé par Lucie Goulet
Le projet d’Afrique Future Cameroun, appuyé par Affaires mondiales Canada et par des appuis de partenaires internationaux Afrique Future, vise à renforcer durablement le pouvoir économique et les droits des femmes et des filles au Cameroun, contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté. Le projet démarré en 2025 est en très bonne posture en fin de première année d’activités : le nombre de femmes intégrées aux groupements et de bénéficiaires du projet est déjà plus élevé que prévu initialement, avec 54 groupements qui s’activent en production agricole, en production avicole, en porciculture et en pisciculture.
Toutes ces activités ont été progressivement mises en place, ce qui a impliqué des achats et dotations en matériels de production divers selon les activités, des aménagements pour la garde et le soin des animaux, des appuis prophylactiques pour assurer la santé des animaux en élevage. Il a aussi été nécessaire de donner un nombre de formations techniques en complément du soutien continu d’agents de développement communautaires œuvrant directement dans les quatre zones du projet. Mais au tout début du projet, il a fallu que la nouvelle équipe d’Afrique Future (2 directeurs, 4 agents de développement avec spécialisations) évalue la faisabilité des projets proposés par les femmes, considérant le contexte rural, le transport, les possibilités d’écoulement sur les marchés locaux, et les conditions naturelles favorables ou non aux ambitions des productrices.
Le projet œuvre dans des conditions rurales extrêmement difficiles où les routes sont souvent impraticables et les zones de production peuvent parfois être coupées de toute possibilité de contact par manque d’électricité ou suite aux événements climatiques dommageables.
Le travail de la terre, le maintien des équipements et matériaux, la préservation des produits et des animaux dans de telles conditions demandent des efforts constants et considérables. Nos animateurs de projet, sous la direction assidue et professionnelle des directeurs de projet et de l’équipe du Père Emmanuel apportent des appuis constants aux groupements qui contribuent au développement des capacités tant techniques qu’organisationnelles des groupements. Tel est ce progrès que de plus en plus de femmes souhaitent se joindre aux groupements ou créer de nouveaux groupes afin de pouvoir se joindre au projet dont les impacts sur les familles et la communauté sont déjà perceptibles après seulement une année.
En maraîchage, 22 groupements sont bien établis, et les premières récoltes ont véritablement portées fruit. Une grande variété de produits maraîchers, fruits et légumes, prisés dans la diète locale sont produits.
Seize groupements sont actifs dans l’élevage de poulet (plus de 8000 poulets distribués), font preuve d’un très bon esprit de groupe et en sont en fin mars 2026 à la 3ème vague de production en 7 mois d’activités seulement. Les groupements ont aussi appris comment bien se gérer : ils tiennent des réunions régulières, prennent des décisions collectivement, documentent leurs activités dans des registres simples leur permettant de constater leurs changements, et ils ont mis en place et gèrent un fonds de roulement par lequel ils pourront désormais payer eux-mêmes les prochains intrants requis pour la poursuite de leurs activités.
Les groupements d’élevage porcicole en sont à leur début (9 groupements et 47 porcelets distribués). Les groupes sont dans 2 zones et un est à Éséka, l’épicentre du territoire couvert par le projet. En ce moment (mars 2026), les formateurs se dévouent à la formation sur la prévention et l’entretien des animaux.
En ce qui concerne les sept groupements qui se sont engagés dans la pisciculture, soit par l’usage de bâches dans lesquelles sont élevés les poissons, soit dans des étangs dans les zones humides à forte pluviométrie, ils ont complété l’installation et la préparation de l’aménagement sous la direction d’un spécialiste embauché pour cet appui et avec le soutien continu des agents sur place. La distribution de 18000 alevins a été complétée. Présentement, le projet met de grands efforts dans la recherche d’acheteurs afin d’assurer un écoulement stable et rapide des poissons ayant atteint leur maturité.
Dans tous les cas, les productions ont été augmentées, parfois considérablement, en comparaison aux activités que pouvaient faire selon leurs seuls moyens les groupements de productrices. Les femmes manifestent un grand engouement pour leurs activités devant ce succès tangible. Lors de la rencontre annuelle des groupements, tenue à Ngodi-Si en février dernier, plusieurs témoignages ont été recueillis de la part des femmes exprimant leur enthousiasme et leur progrès en matière de sources de revenus, en matière de capacité d’organisation et en matière de connaissances qui assurent des retombées beaucoup plus intéressantes pour elles et leurs familles.
Dans l’année qui vient, le projet entreprend un plus grand effort de conscientisation des femmes et des hommes concernant l’égalité entre hommes et femmes, l’importance du respect des droits des femmes comme droits humains et la reconnaissance de la capacité et du droit des femmes à s’impliquer à part entière dans les affaires de leurs communautés et de leur foyer. En effet, la tradition patriarchale du milieu rural a depuis longtemps affecté les femmes, surchargées par les soins domestiques, privées de propriété foncière malgré la loi existante et souvent marginalisées dans la prise de décision au niveau familial et communautaire. Le projet s’est allié un partenaire organisationnel qui appuiera de manière continue au cours des deux prochaines années ces aspect de l’émancipation souhaitée.

Témoignages : L’impact de la mécanisation sur l’autonomisation
« De 3 jours à 1 jour de travail : Comment la technologie a changé la vie des membres du groupe MAHOL SCOOP »
Le contexte : À Boumnyebel, comme dans de nombreuses zones rurales, la production de bananier-plantain est une activité importante, mais d’une rigueur extrême. Jusqu’à l’année dernière, Charlotte, présidente d’un groupement de femmes, passait en moyenne 3 jours pour la trouaison d’un hectare, une tâche épuisante qui limitait sa capacité de production.
Dans le cadre du programme de dotation en matériel pour la réduction du temps de travail, le groupement de Charlotte a reçu une tarière motorisée. En complément de cet équipement, Charlotte a suivi une formation sur la maintenance simplifiée et la gestion coopérative.
Le changement :
- Un gain de temps : La tâche qui prenait 3 jours est désormais accomplie en 1 jour.
- Une augmentation des revenus : Grâce à l’équipement reçu, le groupe par location a pu engranger d’autres revenus qui ont servis dans l’entretien de sa parcelle. Plus encore, le gain de temps dans les activités a permis aux membres du groupe de se consacrer à d’autres tâches.
- Un impact social : Charlotte consacre désormais ses après-midis au suivi scolaire de ses enfants et à la sensibilisation d’autres jeunes filles du village sur les avantages du projet.
« Avant, nous étions obligées de faire appel à une main d’œuvre externe pour les travaux de trouaison. En plus de nous revenir très cher, nous avions des cas de non-livraison du travail même sur plusieurs jours. Aujourd’hui, la machine travaille pour nous. Non seulement nous avons la facilité dans les activités, mais aussi j’ai retrouvé ma dignité de femme entrepreneure. » — Charlotte EOCK., Bénéficiaire du PAFFC
L’envol du groupement « AFELOM D’Eséka » : de la subsistance à l’entrepreneuriat agropastoral autonome
AFELOM, groupe constitué de 10 membres, luttait contre une faible productivité et un manque criant d’intrants, limitant nos revenus à la simple survie familiale.
Grace à la dotation stratégique en facteurs de production (1000 poussins d’un jour, kits vétérinaires et aliment) couplé à un renforcement technique et social (droits fonciers), nous avons réussi le premier cycle de production avec un taux de perte de moins de 10%. Nos revenus étaient de l’ordre de 1.990 000 Fcfa ce qui nous a permis de constituer un fonds de roulement propre pour la relance de deux cycles de production à hauteur de plus de 80% du taux de financement.
Au-delà du profit, nous avons acquis un pouvoir décisionnel non négligeable, nos maris voient désormais nos activités comme un moteur économique de la famille et sont plus engagés à nous accompagner dans nos activités. (Merci AFRIQUE FUTURE!)